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Pourtant, au sein du gigantesque ensemble des ammonites, les déroulées (ou hétéromorphes) occupent une place toute particulière. Globalement, ce terme est consacré à toute ammonite dont la coquille s'écarte de l'enroulement " classique " selon un plan spiralé à tours jointifs constituant le mode de développement le plus fréquent de l'ensemble du groupe. L'ensemble des hétéromorphes appartiennent à l'ordre des Ancyloceratina. Quasi spécifique au crétacé, cet ordre s'est différencié de celui des Ammonitina dès le début de cette période. Les genres et espèces qu'il contient n'ont ensuite cessé de se diversifier et de se complexifier jusqu'à la crise crétacé tertiaire.
Ces ammonites qui comptent certainement parmi les plus rares et les plus esthétiques sont spécifiques à la Provence pour environ 70 % des espèces recensées. D'un point de vue scientifique, les hétéromorphes pourraient également s'avérer capitales en ce qui concerne la mise à jour des causes encore méconnues de la crise de la fin du secondaire dite " grande mort crétacé ". Cette disparition massive d'espèces a longtemps fait l'objet d'explications catastrophiques (impact violent d'une météorite, refroidissement instantanné du climat mondial...). Aujourd'hui ces idées se trouvent controversées par de nouvelles théories attribuant la crise Secondaire - Tertiaire à l'enchaînement d'un ensemble de bouleversements écologiques de moindre ampleur (changements climatiques, variations du niveau de la mer, volcanisme …..) plutôt qu'à une unique cause cataclysmique, différant ainsi les causes supposées de la crise sur une durée beaucoup plus longue. Le déroulement des ammonites, tendrait à confirmer la deuxième hypothèse. Longtemps considéré comme une dégénérescence évolutive, il est actuellement pressenti plus comme une réponse adaptative (dans la forme ou la taille des ammonites) face aux modifications des écosystèmes marins. Au cours du crétacé, ces modifications se traduisent schématiquement par trois phases successives de régression - transgression (respectivement baisse puis remontée du niveau marin). Les phases régressives permirent la création d'une grande variété de nouveaux biotopes, les ammonites développant alors leurs capacités adaptatives à travers de multiples formes de coquilles. A l'inverse, les phases transgressives, aboutirent à une unification environnementale du milieu marin qui fut fatale aux faunes ammonitologiques les plus spécialisées. Ces variations marines entraînèrent ainsi des disparitions suivies du renouvellement progressif des faunes hétéromorphes, et ce essentiellement au cours des étages Barrémien, Albien, Turonien , des formes déjà mises en jeu s'y développèrent alors que d'autres, totalement nouvelles firent leur apparition.
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